La brutalité en héritage

Commençons par l’essentiel : Bloodstrike Brutalists est le meilleur comics que j’ai lu en cette année de disgrâce. Point barre. 

Puis développons pour celles et ceux qui veulent en savoir un peu plus, et qui ne s’offusquent guère quand le texte dépasse les 280 caractères. 

C’est en me baladant virtuellement dans la galerie de bandes dessinées sélectionnées pour le grand prix du prochain festival d’Angoulême que je suis tombé sur Michel Fiffe, un auteur que je ne connaissais absolument pas. Panorama, son album en compétition, est sa première œuvre traduite en langue française. Après en avoir lu le descriptif et regardé quelques planches, j’ai tout de suite senti que j’allais aimer. Je l’ai donc commandé et, en boulimique du 9e art (mais pas que), je me suis saisi de deux autres œuvres : Copra, une série en six tomes, dont j’ai récupéré quatre pour le moment (pas encore lus) et le fabuleux Bloodstrike Brutalists, un revenge comics de premier plan. 

Dessiné comme un fanzine, il s’agit d’une ode à Bloodstrike, une série de comics qui fit sa première apparition dans les années 90, chez Image Comics, maison d’édition créée par d’anciens auteurs Marvel, et pas des moindres, qui ont bien secoué les codes du genre et lui ont donné un second souffle. 

Fiffe, en fan inconditionnel de cette série, a voulu lui rendre hommage ainsi qu’aux auteurs emblématiques qui y ont officié. Je vous arrête tout de suite : c’est la toute première fois que j’entends parler de cette série, pourtant Dieu sait combien j’en ai mangé (et continue de le faire en « adulescent » acharné), mais cela n’a absolument pas gêné ma lecture. 

Bloodstrike Brutalists ne cache pas sa filiation et se permet même des clins d’œil à Marvel avec, notamment, Deadlock, un Wolverine au rabais qui se fait dézinguer quasiment à chaque mission menée avec ses colistiers, tous au service d’un gouvernement américain plus que douteux. Et quand ces moyennement-superhéros, aux pouvoirs qui ne font pas franchement rêver, se font dessouder, et cela arrive régulièrement, ils sont ramenés à la vie grâce à une invention révolutionnaire, mais pas tout à fait au point.

Mais voilà qu’un sacré grain de sable vient enrayer une mécanique pas franchement bien huilée, lorsque Tag, membre du groupe Bloodstrike, découvre un sacré pot aux roses et se lance, en mode berserk, dans une vengeance à tout cramer. Mais telle une omelette, cela ne se fait pas sans casser les œufs du pouvoir. 

L’univers de Bloodstrike Brutalists se découvre petit à petit. Et j’adore cela. Cela me change grandement des scénarios prémâchés à la Marvel (ou Netflix), où on t’explique tous les ingrédients qu’il y a dans ton burger avant de te t’autoriser à le becqueter. Mais c’est oublier le bonheur qu’éprouvent les commensaux en découvrant, à chaque bouchée, ce que contiennent les mets dont ils se délectent. Au début on est un peu déroutés, mais au fur et à mesure que les papilles s’habituent à la chose, les pièces du puzzle se mettent en place. 

Bref, vous l’aurez compris, Bloodstrike Brutalists est pour les comics ce que sont les écrevisses du lac d’Annecy au surimi. Mais si vous préférez le surimi, je ne vous admonesterai point.

Published by Saâd Kadhi

Archeofuturist & retromodernist with a knack for individualistic altruism

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