1 + 1 = 3

Parue en France à cheval entre l’an 2018 et celui qui le suit, Black Torch, de Tsuyoshi Takaki, est une série en cinq tomes, au format manga.

L’histoire est somme toute assez classique pour un shonen. D’un côté, Jiro, jeune fougueux, qui fonce tête baissée pour venir en aide aux plus faibles. Dans ses veines, du sang shinobi qui lui donne une force et une agilité assez exceptionnelles. Il dispose en outre d’une faculté assez surprenante : il parle aux animaux. De l’autre, Rago, un Mononoke, une sorte de démon ayant pris la forme d’un chat. 

Jiro, croyant recueillir un animal blessé, prend soin de Rago et une amitié voit le jour. Mais Jiro est loin de se douter qu’en venant ainsi en aide à un Mononoke, il va mettre les pieds dans un plat au goût âpre, qui mijote depuis des temps immémoriaux, entre démons et humains.

À la lecture du premier tome, je ne sais pas encore pour quelles raisons ces deux camps guerroient. Mais ce qui est sûr, c’est que le lien établi entre Jiro, un humain atypique et altruiste, et Rago, démon sage et raisonnable, attire la convoitise… et les désagréments.

Graphiquement, Black Torch est plaisant même si le trait n’est pas très original. Cela reste tout de même un bon page-turner, mêlant moments de grand sérieux, de courage, mais aussi gages et situations bien cocasses.

Je suis assez impatient de lire la suite.

À la recherche de l’or du temps

Quand une bande dessinée s’ouvre par une épigraphe d’André Breton, le pape du surréalisme, on peut se dire, au premier abord, qu’on s’apprête à vivre une belle expérience visuelle et psychique.

Je peux le confirmer, maintenant que j’ai fini le premier tome de l’or du temps, la nouvelle série de Rodolphe et Oriol. C’est graphiquement superbe !

© Saâd Kadhi. All rights reserved.

Oriol, dessinateur catalan, déjà connu du public francophone grâce à « La peau de l’ours », « Natures mortes » ou encore « Les 3 fruits », dont Zidrou a écrit les scénarios, dessine tel un peintre. Et quel peintre ! Son sens de la composition et son art de la couleur sont tout simplement stupéfiants ! J’apprécie beaucoup aussi cette touche de mystère dont il drape ses personnages, aux traits légèrement diffus, incertains.

Léger bémol qui gâche un tantinet le plaisir que j’ai éprouvé à dévorer des yeux le travail d’Oriol, le scénario de Rodolphe, qu’il est inutile de présenter vu son œuvre prolifique (citons, entre autres, Kenya ou Trent, en collaboration avec Leo), est un peu trop convenu à mon goût.

De quoi s’agit-il donc ? D’une enquête, menée tambour battant par Théo, un bourgeois gentilhomme, après que des lettres traduites par notre protagoniste, ayant appartenant à Bernardino Drovetti, un collectionneur d’antiquités, diplomate et homme politique ayant réellement existé, furent subtilisées par des aigrefins du bureau de Hugo de Reuhman, richissime ami de Théo.

Pourquoi voler des lettres a priori sans grande valeur ? Comportent-elles des informations essentielles sur les ventes de sa collection de trésors archéologiques qu’il trouva en Égypte ? Et qui est le mystérieux et très étrange personnage qui s’introduit au Louvre, dans une salle comportant des pièces de la collection de Drovetti ?

Cette première partie, dans laquelle nous croisons Marcel Proust, Oscar Wilde, Le Comte de Montesquiou, parmi d’autres artistes, pose plus de questions qu’elle n’y répond. La fin est particulièrement délectable. Rodolphe ferme la boucle ouverte avec le rêve évoqué tout au début par Théo lors d’une soirée mondaine pour en ouvrir une autre, laissant le lecteur à l’appétit bien ouvert sur sa faim après cette belle mise en bouche. Vite s’il vous plaît garçons ! La suite !